Cariatides engaînées 24 – 26 rue de la Gaîté théâtre Montparnasse  XII eme arrondissement

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Architectes, Peigniet et Marnez, sculpteur Kaltenheuser (cariatides), 1873 ( ?)

 Il fut un temps où la rue de la Gaîté pouvait s’enorgueillir de la forte densité de ses théâtres et salles de spectacle. Après avoir perdu Bobino, elle a failli voir disparaître la Gaîté Montparnasse après une bataille qui opposa la directrice du théâtre, Nicole Charmant, au propriétaire, la Société des Nouvelles Résidences de France. Ce théâtre, qui portait auparavant le nom de Montparnasse Gaston Baty, était à l’origine un théâtre de la banlieue, rattachée à la capitale en 1859. Son exploitation avait été attribuée, en privilège exclusif, au danseur comédien Pierre Jean Seveste. Reprenant le nom d’une salle qui avait existé boulevard d’Enfer de 1772 à 1807, Seveste fit construire, en 1818, rue de la Gaîté par Gingembre, une petite salle qui fut cédée en 1856 à Henri Rochelle et fut alors reconstruite par l’architecte Paul Meunsier qui édifia une salle de 700 places où se jouèrent des mélodrames et des vaudevilles. En avril 1886, elle fut remplacée par la salle actuelle, construite en moins de six mois par les architectes Peigniet et Marnez. Ils réutilisèrent à peu près l’emplacement initial avançant sur la rue de la Gaîté pour former un grand pan coupé contenant l’entrée principale, sur la rue La Rochelle, avec un retour  sur la partie élargie de cette voie. A présent le ravalement permet de retrouver le décor caractéristique de la façade qui comporte un étage au dessus du rez de chaussée de la façade qui comporte un étage au rez de chaussée au n° 26 et s’étend au n° 24 sur un immeuble à deux étages. De part et d’autre de l’étroite entrée signalée par un fronton cintré surmontant un panneau quadrillé de torsades enfermant des rosaces, deux séries de 3 baies ornées de clefs à masque tragiques sous une large frise courante de guirlandes végétales et de rosaces. Un auvent moderne, surplombé par une enseigne verticale, donne accès à la salle qui contient 411 places, de forme elliptique, à deux galeries portées par des colonnes et reliées par des arcs en anse de panier soulignés par une moulure en forme de tige de feuillage; aménagée en 1873, cette salle ne reçoit plus de spectateurs qu’à l’orchestre et à la première galerie, la seconde ayant été obturée. Son fondateur fut Jamin, en 1868, et elle resta jusqu’en 1939, un brillant café concert où se produisirent Fragson, Mayol, Dranem, Max Dearly, Drean, Georgius (qui y créa son fameux «Viens Poupoule»), Dorville et Colette, alors danseuse nue et spécialisée dans les poses plastiques sous péplum. Les angles portent des masques comiques et la partie centrale porte deux grandes cariatides ayant perdu leurs bras ; elles sont l’œuvre du sculpteur Kaltenheuser. En 1945, Agnès Capri en modifia l’orientation y appelant la compagnie Grenier - Hussenot, en y faisant jouer Allais, Courteline, Prévert, Cocteau ou Audiberti. Puis lui succédèrent Christine Tsin­gos et Roger Blin qui confirmèrent la vocation de théâtre d’art dramatique de l’établissement, dont la salle fut techniquement modernisée un peu plus tard par Michel Vitold et Michel Fagadau et qui vit monter sur scène Sacha Pitöeff, Jacques Dufilho, Marcel Vallée, Jean Marie Serrault et Michel Piccoli.