Cariatides en pied et engaînées, tribunal de commerce, 1 quai de Corse et boulevard du Palais

IV eme arrondissement

 

1_Quai_de_Corse_01

1_quai_de_Corse_Dome_du_tribunal_de_commerce_02

1_quai_de_Corse_Tribunal_de_commerce_cariatides_en_fa_ade_02

 

Architecte, Antoine Nicolas Bailly, sculpteurs, Carrier Belleuse (cariatides du fronton), Dubut (cariatides du dôme), 1860 – 1865.

C'est en Italie qu'il faut chercher les origines des tribunaux de commerce. A la chute de l'Epire romain de nombreuses corporations se constituèrent dans les villes libres de la péninsule avec à leur tête des "consuls" élus par la collectivité des marchands. De là le nom de "juridiction consulaire", toujours utilisé aujourd'hui. Les juges consuls prêtaient serment, faisaient connaître les règles applicables aux transactions créant ainsi un droit plus simple et moins formaliste que le droit romain

L’institution des juges consuls, qui fut fondée en 1563, par un édit du roi Charles IX, ne bénéficia que trois siècles plus tard d’un monument qui lui fut affecté en propre. Le Chancelier Michel de l'Hospital avait suggéré au roi de créer une juridiction des " juges et consuls de la ville" pour le "bien public et abréviation de tout procès et différends entre marchands qui doivent négocier ensemble et de bonne foi sans être astreints aux subtilités des lois et ordonnances". En 1673, Colbert généralise les tribunaux consulaires à la France entière.Elle fut tout d’abord établie, avant la Révolution, au cloître Saint Merri, situé derrière le chevet de l’église portant le même nom. Une loi votée, sous la Révolution, le 27 mai 1790, maintient des tribunaux particuliers pour traiter les affaires de commerce et de loi sous le vocable nouveau de "tribunaux de commerce". C'est par un décret du 27 janvier 1791 qu'est créé le Tribunal de commerce de Paris. En 1826, elle fut transférée dans les salles du premier étage du Palais de la Bourse. C’est l’architecte Bailly qui, de 1860 à 1865, fut chargé, dans le cadre des travaux d’Haussmann, de la construction du Tribunal de Commerce. Le programme prévoyait la construction d’une coupole « faisant point de vue » et placée dans l’axe du boulevard de Sébastopol. Le dôme fut ensuite décalé vers l’ouest en le plaçant dans l’axe de façade sur le boulevard du Palais et non dans l’axe du bâtiment.[1]Ce dôme couronne un escalier monumental autour duquel se regroupent les différents services. L’entrée, quant à elle, est établie 1 quai de Corse, et non au milieu de l’édifice. [2]

Le palais a été édifié entre 1860 et 1865 par l'architecte Bailly. Sa construction a fait partie du plan d'ensemble de réaménagement de Paris voulu par l'empereur Napoléon III et exécuté par le préfet Haussmann. A la demande Napoléon III, le dôme, voulu par Haussmann, est un souvenir de la bataille de Solférino; il rappellerait le dôme octogonal d'une petite église que l'empereur apercevait pendant la bataille (sans doutenle village de Descenzano). L'escalier d'honnuer, à double révolution, est classé monument historique.Celle – ci ouvre sur le vestibule par trois arcades en plein cintre, encadrées par des statues représentant la Loi, la Justice, la Fermeté et la Prudence. Des pilastres d’ordre composite rythment la façade. Ils sont ornés d’arabesques sculptées au premier étage. A ce niveau, les fenêtres sont surmontées de frontons triangulaires, soit de cartouches flanqués de lions couchés ou d’enfants ailés dont le corps se termine en rinceaux. Une ordonnance de cariatides engaînées, œuvres du statuaire Carrier Belleuse (1824 – 1887) surmonte le portique aux fonctions multiples : salle des pas perdus, ou de réunion entre autres Le vestibule conduit au grand escalier à double révolution, orné de balustres et de pilastres Reposant sur une trompe conique, disposé au rez de chaussée dans une cage circulaire puis octogonale à partir du premier étage, il possède ,à ce niveau, quatre niches aménagées dans les angles à pans coupés. Elle abritent des allégories sculptées représentant l’Art Mécanique, l’Art Industriel, le Commerce Maritime et le Commerce Terrestre Huit cariatides, œuvres de Dubut, supportent la calotte à caissons de la coupole On peut signaler, au premier étage, le décor de la salle des audiences dont le plafond à caissons présente des imitations de faïence traitées en camaïeu sur fond de mosaïque.

La décoration du palais a un caractère allégorique comme c'est souvent le cas au XIX eme siècle; ce sont les quatre statues qui ornent la façade qui donne sur le quai de Corse (fermeté, justice, loi, prudence), les statues dans l'escalier d'honneur (commerce maritime, commerce terrestre, mécanique, industriel), huit groupes de cariatides à la base de la coupole : (les villes de Paris, les arts de Marseille, la moisson de Lyon, l'industrie de Bordeaux, la vendange).



[1] Michel Poisson, Façades parisiennes, Paris, Parigramme 2006, p.79

[2] Voir, (DR) Jean Colson et Marie Christine Lauroa, Dictionnaire des monuments de Paris, Paris, Hervas, 1992