Cariatides et atlantes en pied 142 rue Montmartre II eme arrondissement

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Architecte, Ferdinand Bal, sculpteurs, Louis Lefèvre, Ernest Hiolle, 1883

Cet immeuble qui fut élevé en 1883 par l’architecte Ferdinand Bal était le siège du journal La France en 1874 et avait été installé ici par Emile de Girardin. La façade principale ouvre sur la rue Montmartre présentant un décor en frise comportant quatre figurines sculptées. Deux atlantes revêtus d’une dépouille de lion et deux figures de cariatides symbolisant, à gauche et à droite le Journalisme et la Typographie mettent en valeur l’enseigne du journal située sous le balcon du premier étage. En ce qui concerne les statues d’atlantes, le sculpteur Louis Lefèvre s’est écarté de la tradition en leur donnant un réalisme , chose peu fréquente à cette époque, n’hésitant pas à transformer les atlantes en portefaix au corps tourné vers l’immeuble, mais faisant néanmoins face à la rue ; les mains saisissent la corniche afin d’en supporter la charge, ce qui est tout à fait dans la logique de ce type de sculpture. Les allégories sculptées par Ernest Hiolle manifestent un même désir de nouveauté : l’artiste s’est résolument écarté du modèle classique, trop compassé, pour en arriver à des attitudes bien plus dynamiques, imprimant le mouvement en faisant tourner ses figures dans l’espace afin de mettre en valeur leur anatomie. Les attributs de la profession se trouvent derrière la cariatide qui figure la typographie ; les sculptures forment un ensemble plein de dynamisme et de vie, bien différent des sculptures habituellement exécutées à cette époque. Les deux atlantes sont engainés, alors que les deux cariatides sont en pied, ce qui permet d’apprécier leurs formes harmonieuses. La composition de la frise qui se déroule de part et d’autre du portail permet d’apprécier un travail de sculpture de grande qualité, exécuté par des artistes de talent qui n’ont pas eu peur de l’innovation et de bousculer les canons habituels de la sculpture de l’époque.

L’immeuble était l’imprimerie de Paul Dupont et différents journaux (Le Radical, l’Aurore, l’Univers, Le Jockey, La Patrie, La Presse, l’Echo de l’armée) y eurent leur siège jusqu’en 1914. Une plaque apposée sur la façade indique qu’à cet endroit  fut publié le texte « J’accuse » écrit par l’écrivain Emile Zola, qui avait pris position pour l’innocence du capitaine Dreyfus, injustement accusé d’espionnage, et contre l’antisémitisme. Enfin, cet emplacement fut précédemment celui d’un ancien marché, le marché Saint Joseph (1806), restauré en 1843 et détruit en 1882 ; cet immeuble fut construit à son emplacement. Auparavant existait à cet endroit un ancien cimetière où fut enterré Molière et dont la tombe fut par la suite transférée au cimetière du Père Lachaise où elle se trouve toujours aujourd’hui.